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Des scientifiques de RNCan discutent de définitions au cours d'un débat sur la forêt boréale

Nouvelles en santé et biodiversité des forêts
Volume 13, No. 1, printemps 2009


En octobre 2008, un groupe de spécialistes des sciences forestières du Service canadien des forêts (SCF) de Ressources naturelles Canada s'est réuni pour discuter de la terminologie employée par les médias canadiens dans les dossiers portant sur la conservation et l'aménagement de la forêt boréale. Ils ont analysé des termes tels que forêt ancienne, vieille forêt, caractère intact et aires protégées d'un point de vue scientifique et ont discuté de leur application dans le contexte canadien. Le présent article résume les résultats préliminaires de ces discussions, fournit une interprétation scientifique de ces termes et décrit les enjeux qui y sont associés. En tant qu'organisme chargé de l'élaboration de politiques scientifiques à l'échelle nationale, le SCF entend poursuivre ce travail d'approfondissement de la terminologie forestière.

 

Forêt boréale et région boréale

Les spécialistes du SCF ont jugé important de distinguer région boréale et forêt boréale. La région boréale est une zone caractérisée par un régime climatique permettant à des associations végétales boréales typiques de pousser, compte tenu des conditions locales. Cette région occupe un vaste territoire contigu, par contraste avec les ceintures altitudinales des régions montagneuses. La région boréale change de latitude entre les glaciations. Elle se déplace vers le nord depuis des milliers d'années, c'est-à-dire depuis la dernière glaciation, et continuera de le faire sous l'effet du changement climatique. Il y a à peine 21 000 ans, à l'apogée de la glaciation du Wisconsin, la moitié nord du continent était presque entièrement couverte de glace. Depuis, les associations végétales varient continuellement, apparaissant et disparaissant avec le temps.

La forêt boréale fait partie de la région boréale. Il s'agit de la zone occupée par une forêt regroupant divers stades de succession. On peut y retrouver des peuplements récemment régénérés tout comme des peuplements mûrs. La forêt boréale canadienne est régie par des perturbations qui ont pour effet de remplacer les peuplements. Elle se renouvelle principalement par le feu et les pullulements d'insectes. Ces perturbations sont caractéristiques de la forêt boréale (1), tout comme les essences de longévité relativement faible (moins de 250 ans) qui la composent.

Image de l’étage supérieur d’une forêt mûre de pins tordus latifoliés, qu’une infestation de dendroctones du pin ponderosa est en train de détruire. En l’absence d’incendie, les épinettes et les sapins du sous-étage, deux essences qui tolèrent bien l’ombre, sont prêts à remplacer les pins.

L’étage supérieur d’une forêt mûre de pins tordus latifoliés, qu’une infestation de dendroctones du pin ponderosa est en train de détruire. En l’absence d’incendie, les épinettes et les sapins du sous-étage, deux essences qui tolèrent bien l’ombre, sont prêts à remplacer les pins.

Image démontrant que le feu est un processus catastrophique qui provoque le remplacement des peuplements. Dans la forêt boréale de l’Ouest canadien, il engendre la régénération naturelle du pin tordu latifolié.

Le feu est un processus catastrophique qui provoque le remplacement des peuplements. Dans la forêt boréale de l’Ouest canadien, il engendre la régénération naturelle du pin tordu latifolié.

Vieilles forêts et forêts anciennes

Le terme ancien n'a aucun fondement écologique et est peu employé dans la documentation scientifique. La United Kingdom Forestry Commission l'a déjà utilisé pour désigner une forêt qui existe depuis avant 1600 en Angleterre et au Pays de Galles (2). Le terme ancien ne devrait probablement pas être utilisé dans le contexte de la forêt boréale canadienne, en raison des perturbations répétées qui provoquent le remplacement des peuplements. Les expressions vieille forêt ou vieille forêt non aménagée sont davantage acceptées des scientifiques lorsqu'il est question de peuplements mûrs.

Les vieilles forêts correspondent à celles qui sont parvenues au dernier stade de succession et qui présentent des âges et des structures caractéristiques variables, selon leur composition. Dans les régions tempérées, les vieilles forêts peuvent désigner celles qui renferment un grand nombre d'arbres âgés de plus de 250 ans. Dans la région boréale, les essences longévives sont rares, de sorte que les « vieilles forêts » seraient celles qui renferment des arbres âgés de 100 à 250 ans, selon l'essence et la composition des peuplements. Même si certaines forêts de la région boréale peuvent échapper pendant de longues périodes (plus de 500 ans) aux perturbations provoquant le remplacement des peuplements, elles représentent plutôt une exception, et leurs arbres ne sont pas très vieux. Ailleurs au Canada, notamment dans les forêts pluviales des régions tempérées de la côte Ouest, certaines essences présentent une longévité naturelle supérieure à 500 ans (3).

 

Fragmentation et caractère intacte

Les termes intact ou caractère intact ont eux aussi une application scientifique limitée, parce qu'ils sont essentiellement redondants dans le contexte des forêts. Dans la documentation scientifique, le concept est exprimé par des termes écologiques plus précis, par exemple « fragmentation », « continuité » et « connectivité », qui sont tous associés à la structure du paysage forestier et aux effets de la fragmentation, de la disparition, de la continuité et de la connectivité des forêts sur le maintien de populations viables de faune et de flore.

Le concept de continuité du paysage tient compte de l'activité humaine, de l'échelle spatiale et temporelle, du maintien des processus écologiques et de la conservation de la biodiversité. Pour chaque enjeu donné, une échelle appropriée est rattachée à une série de processus écologiques et aux besoins des espèces en cause. L'échelle spatiale et temporelle ne peut pas être choisie arbitrairement. Les processus ou les enjeux (ex. : décomposition) et les espèces (ex. : caribou [Rangifer tarandus]) doivent être pris en considération et envisagés à une échelle appropriée.

L'intervention humaine ne signifie pas nécessairement que les processus écologiques de la forêt sont altérés ou cessent d'être intacts. L'hypothèse voulant que les activités forestières soient tout à fait incompatibles avec la résilience (la capacité de la forêt de se remettre d'une perturbation) est inexacte. L'exploitation forestière, lorsqu'elle est pratiquée de manière durable, ne nuit pas forcément aux processus écologiques et à la diversité biologique. Les preuves attestant que nos forêts subissent des perturbations d'origine anthropique et naturelle donnent à penser qu'elles peuvent conserver leur résilience et se remettre d'une perturbation.

 

Aires protégées

En 2005, le Canada protégeait des terres occupant quelque 98 millions d'hectares de superficie, soit approximativement 9,9 % de la masse terrestre du pays. Environ 8 % du territoire des écozones du bouclier boréal et des plaines est protégé. Au total, 95 % de nos aires protégées sont classées dans les catégories I à IV de l'Union internationale pour la conservation de la nature1, lesquelles interdisent, dans la plupart des cas, les activités industrielles comme l'exploitation forestière, l'exploitation minière et les projets hydroélectriques (5).

Lorsque vient le moment d'établir des objectifs pour les aires protégées, il est important de ne pas choisir des chiffres arbitraires. Les objectifs simples ne suffisent pas. Ils doivent être fondés sur des facteurs tels que les régimes de perturbations naturelles, la répartition des espèces et les caractéristiques vitales de leur habitat, le maintien de la biodiversité et la viabilité des populations naturelles, l'adaptation au changement climatique et le maintien des processus écologiques. Le régime foncier, le mode de gouvernance, la superficie de terrain visée, les espèces présentes et le titre de propriété sont des facteurs qui doivent aussi être pris en considération dans le choix de ces objectifs.

Compte tenu des régimes de perturbations naturelles de la forêt boréale, nous devons, pour assurer l'efficacité de nos mesures de conservation, tenir compte de l'ensemble des catégories de protection, y compris les zones faisant l'objet de plans de gestion forestière durable. La conservation doit aller au-delà des aires protégées, de manière à permettre, à la longue, l'établissement de liens, la connectivité ainsi que la gestion efficace des populations et des espèces à l'échelle du paysage élargi.

 

Sources d'information tirées du Web :

(1) http://foretscanada.rncan.gc.ca/article/foretboreale/?lang=fr

(2) http://www.forestry.gov.uk/pdf/prog-aw-practice-guide.pdf/$FILE/prog-aw-practice-guide.pdf (en anglais seulement)

(3) http://scf.rncan.gc.ca/soussite/anciennes/depliant

(4) http://www.iucn.org/resources/publications/index.cfm?uNewsID=1662 (en anglais seulement)

(5) http://www.cws-scf.ec.gc.ca/publications/habitat/cpa-apc/index_f.cfm

 

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1 L'IUCN définit ainsi les aires protégées : [traduction] « un espace géographique clairement défini, reconnu, dédié et géré par des outils juridiques ou par d'autres moyens efficaces, dans le but d'assurer la conservation de la nature, notamment des services rendus par l'écosystème et des valeurs culturelles. » Pour les besoins de ses rapports internationaux, l'IUCN a défini six catégories d'aires protégées qui sont fondées sur l'objectif de gestion premier. Elles vont de la catégorie I (aire protégée gérée principalement pour la science ou la protection de la nature sauvage) à la catégorie IV (aire protégée gérée principalement pour l'utilisation durable de ressources naturelles).

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James Brandt
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Région de la capitale nationale

Louis De Grandpré
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Centre de foresterie des Laurentides

Ken Farr
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Région de la capitale nationale

Brenda McAfee
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Région de la capitale nationale

Alex Mosseler
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Centre de foresterie de l'Atlantique

Julie Richter
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Région de la capitale nationale

Ian Thompson
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Centre de foresterie des Grands Lacs

Tony Trofymow
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Centre de foresterie du Pacifique

Jan Volney
Ressources naturelles Canada
Service canadien des forêts
Centre de foresterie du Nord

Date : 6 avril 2009
Dernière mise à jour : 27 mai 2010 07:15:20
Nouvelles en santé et biodiversité des forêts au Centre de foresterie de l'Atlantique